AYTTM : Goodnight Saïgon

Gooood Morning Vietnaaaaaam! Euh non… Pardon… Goodnight Saïgon. Enfin vous avez compris, le besoin viscéral d’exorciser cette guerre étant un puits sans fond, Billy Joel nous conte ici une histoire ordinaire. Un texte transcendant qui vous colle frissons et images glaçantes dans la caboche.

[MeloP] We met as soul mates on Parris Island. We left as inmates from an asylum. And we were sharp, as sharp as knives. And we were so gung ho to lay down our lives. Parris Island, centre de recrutement de la Marine américaine… Les soldats qui s’entraînent sont jeunes, fiers de servir, mentalement gonflés à bloc, aiguisés, tranchants. Des frères d’armes enthousiastes à l’idée se battre pour leur patrie, liés à jamais et que l’on va jeter par centaines dans la fosse aux lions.

[MaD] Ça surprend quelqu’un-e si je dis que je lis juste le texte de la chanson?

[MeloP] Moi, non. Mais tu pourrais faire un p’tit effort 😉 We came in spastic like tameless horses. We left in plastic as numbered corpses. And we learn fast to travel light, our arms were heavy but our bellies were tight. La finalité, le retour de chevaux indomptables sans repères, l’horreur ayant eu raison de leurs âmes. Les esprits sont déchiquetés, les hommes glissés dans des sacs mortuaires numérotés. Ils ont appris à se tenir forts et droits, à s’accrocher à la vie le ventre serré par la peur. La peur qui empoisonne le raisonnement. La peur qui réveille en sursaut. La peur qui conduit à l’aliénation. La peur… Honte de l’armée.

[MaD] Melo, tu décris très bien ce qui rime déjà avec force dans les phrases du monsieur. Rien à ajouter.

[MeloP] We had no home front, we had no soft soap. They sent us Playboy, they gave us Bob Hope. We dug in deep and shot on sight and prayed to Jesus Christ with all of our might. Tout, là-bas, a pris une autre saveur. Les choses simples paraissent illusoires. On envoyait des bouts d’Amérique pour entretenir l’illusion de la conquête, pour donner de l’espoir, pour que les foules soutiennent et n’entrevoient pas la sauvagerie, la laideur. Aucun instructeur ne leur avait précisé qu’ils en viendraient à tirer à vue sans se préoccuper de qui leur faisait face (enfants, femmes ou frères). Plus rien ne pourra calmer leur culpabilité. C’est comme ça qu’on s’attache à la prière, seule parade au dégoût, à la répugnance. Un îlot pour ne pas sombrer plus loin encore.

[MaD] La peur, honte de l’armée. Les massacres inutiles, honte des soldats et des civils.

[MeloP] We had no cameras to shoot the landscape. We passed the hash pipe and played our Doors tapes. And it was dark, so dark at night. And we held on to each other, like brother to brother. We promised our mothers we’d write. Nul n’était là pour décrire leur enfer. Même nombreux, ils étaient seuls. Ils essayèrent de prendre soin les uns des autres et pour un instant d’oubli, une minute de rire, chacun sa manière : drogues, musique… Les Doors, level 11 niveau noirceur et clin d’œil à Apocalypse Now.

[MaD] En découvrant leur vérité, peu à peu les gens ont fini par comprendre quelle atroce réalité avait eu lieu. Et il faut un sacré courage pour raconter.

[MeloP] And we would all go down together. We said we’d all go down together. Yes we wouls all go down together. Remember Charlie. Remember Baker they left their childhood on every acre. And who was wrong? And who was right? It didn’t matter in the thick of the fight. Le chœur, une seule voix, la main droite tendue sur le front, l’unité. L’injustice aussi d’être rentré alors que d’autres n’ont pas eu cette chance. Comme Billy Joel le souligne, peu importe qui avait tort tant que le combat fait rage. Ils ont tout laissé dans la boue, leur innocence, leur enfance, des morceaux de leurs corps, leurs cœurs et leurs âmes. Ne reste que des morts et des morts-vivants.

[MaD] Bris de soldats, plus terrifiants encore lorsqu’ils ne cicatrisent pas… en dedans. La…chair à canon?

[MeloP] We held the day in the palm of our hand. They ruled the night and the night seemed to last as long as six weeks. On Parris Island we held the coastline, they held the higlands and they were sharp as sharp as knives. Le désarroi, l’impuissance. Oui, ils furent fortement entraînés. Mais quoi de semblable en réalité? La jungle immense? L’ennemi invisible?

[MaD] Et on n’oublie pas au passage, les inventions sordides.

[MeloP] They heard the hum of our motors, they counted the rotors and waited for us to arrive. And we would all go down together, we said we’d all go down together. Yes we would all go down together. Même dans l’espoir l’horreur réside. Cette scène vue et revue… Les soldats à découvert courent vers les hélicos et le tir aux pigeons se déclenche… Platoon (à voir et revoir) sorti quatre ans plus tard… Tout y est.

[MaD] Violent. (mais bon, la voix, la musique, hein, toujours pas ma tasse de thé).

[MeloP]  Oui, j’sais mais tu as été sage, tu auras une image. Goodnight mes Zigos!

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